Accueil › Guides › Vendre beaucoup, ne rien garder
Elle vendait 2 000 000 FCFA par mois, et ne gardait rien
Aïcha tient une boutique d'alimentation à Lomé. Son chiffre d'affaires ferait rêver n'importe qui au marché. Pourtant, chaque fin de mois, la caisse est vide et elle emprunte pour se réapprovisionner. Son histoire est celle de milliers de commerces, et les quatre fuites qui la vidaient sont toutes réparables.
Un gros chiffre d'affaires ne dit rien de ce que vous gardez. Ce qui compte, c'est le bénéfice réel, et il se cache dans quatre endroits que le cahier ne montre jamais.
Le mystère : beaucoup de ventes, jamais d'argent
Aïcha vend pour environ 2 000 000 FCFA chaque mois. Sur son cahier, elle note ce qui rentre. À la fin du mois, elle regarde le total, elle est fière, puis elle constate que la caisse ne suit pas. Il faut encore emprunter pour racheter du stock.
Elle en conclut ce que beaucoup concluent : « je travaille pour rien ». C'est faux. Aïcha gagne de l'argent. Simplement, il s'échappe par quatre trous qu'elle ne voit pas, parce que le cahier n'enregistre qu'une seule chose : l'argent qui entre. Ouvrons les quatre trous, un par un.
Fuite n°1 : une marge calculée sur le mauvais prix
Aïcha achète un sac de riz 18 000 FCFA et le revend en détail pour 21 000 FCFA. Elle pense donc gagner 3 000 FCFA par sac. Mais entre le grossiste et son étagère, elle a payé d'autres choses qu'elle n'a jamais comptées.
La marge réelle n'est pas de 3 000 FCFA, mais de 1 650 FCFA, presque deux fois moins. Aïcha croyait dégager 14 % ; elle dégage 8 %. Sur l'ensemble de sa boutique, cette erreur de calcul lui fait surestimer son gain de plus de 200 000 FCFA par mois. De l'argent qu'elle croit avoir, et qu'elle dépense déjà.
Fuite n°2 : le crédit qu'elle offrait sans le savoir
Aïcha vend à crédit à ses bons clients. C'est normal, et c'est même un bon outil. Le problème n'est pas le crédit : c'est de le perdre de vue. Elle note les dettes sur des bouts de papier, certains se perdent, et personne ne suit qui doit quoi depuis combien de temps.
Ce sont 380 000 FCFA qui sont à elle, mais qui dorment chez les autres. C'est exactement la somme qui lui manque pour se réapprovisionner sans emprunter. Elle finance ses clients avec son propre fonds de roulement, et paie parfois un crédit pour ça.
Fuite n°3 : le stock mort
Au fond de la boutique, il y a des cartons qui ne bougent plus : un lot mal choisi, un produit passé de mode, des articles achetés « parce que c'était une bonne affaire ». Ce stock a une valeur au prix d'achat, mais il ne se transforme jamais en argent.
Ces 310 000 FCFA ne sont pas perdus, mais ils sont endormis. Bradés à ‑20 % pour les réveiller, ils rendraient tout de même 248 000 FCFA de trésorerie immédiate, de quoi respirer, au lieu d'emprunter.
Fuite n°4 : la caisse et la poche, mélangées
C'est la plus discrète, et la plus fréquente. Aïcha puise dans la caisse pour la maison : le taxi, le repas, l'école des enfants, une urgence familiale. Rien d'anormal, sauf que rien n'est noté. Le commerce et le foyer partagent la même poche.
Quand on ne sépare pas les deux, on croit que le commerce ne gagne rien : en réalité, le bénéfice a bien été là, mais il est parti à la maison sans être compté. Le commerce paie le foyer ; il faut juste que ce soit un salaire décidé, pas une fuite invisible.
Le vrai tableau, une fois les fuites nommées
Remettons tout à plat. Aïcha ne travaillait pas pour rien, elle ne voyait simplement pas où passait son argent.
| La fuite | Ce qu'elle croyait | La réalité |
|---|---|---|
| Marge par vente | ~14 % | ~8 % |
| Argent chez les clients | « quelques dettes » | 380 000 FCFA |
| Stock immobile | « du stock normal » | 310 000 FCFA gelés |
| Argent pour la maison | « je ne prends presque rien » | 150 000 FCFA / mois |
Le bénéfice existait. Il était juste invisible : rogné par une marge mal calculée, prêté aux clients, gelé sur les étagères, et versé au foyer sans être nommé. Aucune de ces quatre choses n'est une catastrophe. Ensemble, non vues, elles vident une caisse rentable.
Ce qu'Aïcha fait maintenant, en 3 gestes
- Elle connaît son coût réel. Prix d'achat + transport + pertes, une fois par produit. Sa marge affichée est enfin la vraie, et elle sait en dessous de quel prix elle ne descend pas.
- Elle tient un seul registre de dettes. Qui doit, combien, depuis quand. Elle relance sans gêne, parce que c'est écrit. Ses créances rentrent, sa trésorerie remonte.
- Elle se paie un salaire décidé. Un montant fixe pour la maison, noté comme une dépense. Le reste, elle sait que c'est le bénéfice qui reste vraiment au commerce.
- Fuite n°1, la marge. Allez dans Produits et stock, touchez Ajouter un produit (ou ouvrez-en un), et remplissez le prix d'achat puis les frais (transport, portage). Kora calcule alors le coût réel et affiche la vraie marge.
- Fuite n°2, le crédit. Dans Caisse, choisissez d'abord le client, sélectionnez le paiement À crédit, puis Encaisser. Le montant va dans « ce qu'il vous doit », visible dans Clients.
- Fuite n°3, le stock mort. Dans Rapports, repérez les produits qui ne bougent plus, puis décidez d'un prix pour les liquider.
- Fuite n°4, le salaire. Dans Dépenses, notez ce que vous prenez pour la maison comme une dépense « Salaire ».
- Voir le résultat. Ouvrez Mon argent : votre vrai bénéfice s'affiche, une fois tout retiré.
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